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Anciens et nouveaux problèmes relatifs à la drogue en 2013 : tendances et évolutions

Par Wesley Van Dessel

Le paysage de la drogue connaît des bouleversements en Europe. De nouvelles tendances et de nouveaux dangers voient le jour,  mettant à mal la politique actuelle. Telles sont les conclusions du « Rapport européen sur les drogues 2013 : tendances et évolutions », publié aujourd’hui par l’Agence sur les drogues de l’Union européenne.

Ce rapport souligne notamment les progrès effectués dans la lutte contre les drogues classiques. On compte, par exemple, moins de nouveaux consommateurs en général, et moins de nouvelles inscriptions dans les centres spécialisés de traitement de l’héroïnomanie. Le nombre d’usagers de drogues par injection est également en baisse, tout comme le nombre de consommateurs de cocaïne et de cannabis dans certains pays. L’arrivée de nouvelles substances psychoactives vient toutefois jeter de l’ombre sur ces petites victoires.

Le marché actuel de la drogue est, en outre, beaucoup plus fluctuant et dynamique que celui d’hier et ne tourne plus autant autour des substances d’origine végétale atterrissant sur le marché européen après un long parcours. La mondialisation et les technologies de l’information jouent un rôle central dans ces changements, en permettant aux fournisseurs et aux consommateurs de nouer de nouveaux contacts sur la toile.

Les drogues classiques

Chez les jeunes adultes (15-34 ans), la consommation de cannabis affiche une tendance stable, voire à la baisse, dans toute l’Europe. Le cannabis reste toutefois une drogue populaire, ancrée sur un marché vaste et relativement solide. Les chiffres de l’étude « Health Behaviour in School-aged Children », réalisée en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles auprès d’élèves âgés de 12 à 18 ans, indiquent une diminution de la consommation de cannabis entre 2006 et 2010 dans toutes les communautés. « Dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, le nombre d’élèves ayant déjà consommé du cannabis a chuté d’environ 3 %. Le nombre d’élèves affirmant en consommer entre une fois par semaine et une fois par jour a, quant à lui, diminué de 1,5 %, soit une baisse légèrement moins marquée », explique Miguel Rwubu d’Eurotox, sous-point focal des observatoires belge et européen des drogues et des toxicomanies. « En Flandre, le tableau est moins clair. Une enquête de la VAD indique un recul, au cours des dix dernières années, de l’expérimentation et de la consommation régulière de cannabis chez les élèves interrogés. Ces cinq dernières années, on parlerait plutôt toutefois de stabilisation », ajoute Fred Laudens, de l’Association flamande pour les problèmes d’alcool et autres drogues (VAD), point focal en Communauté flamande.
Le cannabis reste la drogue « de prédilection » des élèves : dans la tranche d’âge des 15-16 ans, ils sont 21 % en communauté flamande et 20 % en communauté française à admettre en avoir déjà consommé au moins une fois. Les chiffres européens confirment que le cannabis est une drogue « d’introduction » populaire. En 2011, 60 000 personnes ont ainsi été soignées pour des problèmes d’usage de cannabis. Cela en fait la drogue la plus consommée par les patients traités pour la première fois pour un problème de drogue.

La consommation et la disponibilité de l’héroïne perd aussi progressivement du terrain dans toute l’Europe. « Le nombre de personnes entamant pour la première fois un traitement pour des problèmes d'héroïne est tombé de 59 000 en 2007 à  41 000 en 2011. En Belgique, on en comptait 403 en 2011. Au cours de la même période, la proportion de personnes déclarant avoir recours à l’injection d’opiacés, tels que l’héroïne, a chuté à 38 % (16 % en Belgique). Il y a dix ans, le pourcentage s’élevait encore à 58 %. Ce recul est particulièrement marqué dans les pays d’Europe occidentale », souligne Jérôme Antoine, coordinateur national du Belgian Treatment Demand Indicator Register de l’Institut Scientifique de Santé Publique (WIV-ISP).

Pour la cocaïne, la situation varie davantage d’un pays à l’autre de l’UE. On retrouve la plupart des usagers dans certains pays d’Europe occidentale (Danemark, Irlande, Espagne, Italie et Royaume-Uni). Les jeunes adultes sont concernés à hauteur de 2,5 à 4 %. La consommation de cocaïne est sensiblement moins fréquente que la consommation de cannabis. L’an dernier, 3,5 millions d’Européens ont consommé de la cocaïne, contre quelque 20 millions pour le cannabis. La tendance générale est à la baisse en Europe, même si quelques pays (France et Pologne) enregistrent un accroissement du nombre de consommateurs. En Belgique, le nombre de demandes de traitement pour des problèmes liés à la cocaïne a chuté de 1308 en 2009 à 764 en 2011.

L’interprétation des tendances est plus délicate pour les drogues dites synthétiques, car la consommation d’une substance donnée peut varier très rapidement en fonction de l’offre, du prix et de la perception de la qualité. Les amphétamines et l’ecstasy sont, de loin, les substances de ce groupe les plus consommées. Environ quatre millions d’Européens affirment avoir pris l’une ou l’autre de ces substances l’année dernière. « Sur toute la Belgique, 250 personnes ont entamé pour la première fois un traitement pour un problème relatif aux amphétamines en 2011. Ils ont été une vingtaine pour un problème lié à l’ecstasy » , selon Jérôme Antoine, de l’Institut Scientifique de Santé Publique (WIV-ISP). Chez les jeunes adultes européens, la consommation d’amphétamines est stable, voire légèrement à la baisse. L’usage d’ecstasy perd chaque année du terrain, sans doute à cause de la mauvaise qualité des produits, mais certains signes laissent présager un regain d’intérêt  pour cette drogue.

Nouvelles substances psychoactives : un problème en incessante évolution

« Depuis quelques années, une nouvelle génération de substances psychoactives, parfois surnommées “legal highs”, envahit le marché. Ces substances ont pratiquement la même structure de base que les drogues illégales dites classiques, mais présentent une structure chimique légèrement différente. Cette différence leur permettait jusqu’il y a peu d’échapper à la législation anti-drogue et de circuler librement. Ce sera bientôt de l’histoire ancienne, vu que les autorités viennent d’approuver, en avril dernier, une série de mesures visant à « fermer cet échappatoire », explique Kurt Doms, coordinateur de la cellule Drogues du SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement (voir le communiqué de presse du Conseil des ministres du 26 avril 2013). « Ces mesures sont le résultat d’une collaboration entre le niveau politique et les services de Santé publique, de la Justice, de la Police et différents experts scientifiques. »

En 2012, 73 nouvelles substances psychoactives ont été découvertes à travers l’Europe. Les cannabinoïdes synthétiques, qui imitent les effets de la substance active présente dans le cannabis végétal, étaient les plus représentés (avec une trentaine de substances).

Pour l’heure, rien n’indique un ralentissement de la fréquence d’apparition de ces nouvelles drogues. Bien au contraire ! En Belgique, le nombre de substances psychoactives découvertes sur une période d’un an a doublé. L’agence sur les drogues de l’UE souligne dans son rapport qu’il est important, mais pas suffisant, de compter le nombre de nouvelles substances découvertes. Il convient de porter au moins autant d’attention à la sensibilisation de la population aux dangers que posent ces substances et à l’adoption de mesures permettant une intervention rapide. Sur ce dernier point, la Belgique est déjà sur la bonne voie.

Personnes de contact:

  • Jérôme Antoine – Institut Scientifique de Santé Publique (WIV-ISP) : 02/642 54 20
  • Fred Laudens – Vereniging voor Alcohol-en andere Drugproblemen: 02/423 03 59
  • Miguel Rwubu – Eurotox: 02/539 48 29
  • Kurt Doms – SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement: 02/524 86 18

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